DSK dans les bras de Minnie : intox ?

Hier soir, aux alentours de vingt-trois heures, un promeneur s’est étonné d’apercevoir Dominique Strauss-Kahn sur un banc du Parc Monceau, en compagnie de Minnie. « Elle portait sa plus belle robe, la rouge à pois blanc qu’elle ne met que pour sortir avec Mickey, d’habitude. Ils étaient serrés l’un contre l’autre sur un banc, près du lac ».

Le témoin  téléphone alors au commissariat de police du 17ème arrondissement. « Je me suis caché derrière un buisson, et j’ai vu Monsieur Strauss-Kahn passer une main sous la robe de Minnie, et lui caresser les cuisses, en la regardant droit dans les yeux. Minnie ne se débattait pas, mais elle n’avait pas l’air à l’aise. Connaissant la réputation du gaillard, j’ai préféré prendre les devants et appeler la police”.

Le commissaire Jacques Grison était sceptique, en recevant cet appel. Il s’explique : “Vous savez ce que c’est, nous craignons une nouvelle manipulation à l’encontre de l’homme politique, alors que s’achève à peine l’affaire Nafissatou Diallo. Notre rôle est aussi d’éviter de propager de fausses rumeurs, et d’empêcher la calomnie”.

Il se déplace quand même, tenu de vérifier les dires. Le témoin était rentré chez lui ; aucun signe de DSK ni de Minnie à l’endroit signalé. Le commissaire Grison patrouille dans le parc, par acquis de conscience. Quand soudain, il tombe sur Minnie, cul nu, sa robe déchirée, au détour d’un chemin. “Elle était essoufflée”, précise le commissaire Grison. S’ensuit cet échange :

- Madame Minnie, tout va bien ? Il est un peu tard pour vous promener seule.
- Tout va bien, Monsieur le commissaire. Je n’arrivais pas à m’endormir, alors je suis sortie faire un tour.
- Vous n’auriez pas croisé un certain Dominique, par hasard ?
- Je ne connais pas de Dominique, et ce sont mes affaires, Monsieur le commissaire.

Elle était bouleversée. Je l’ai pressée de questions, mais elle m’a assuré qu’elle n’avait aucune raison de porter plainte contre qui que ce soit”, conclut le commissaire Grison.

Nous avons contacté les proches de Minnie, dans l’espoir d’en savoir un peu plus sur cette affaire. Picsou a fait la langue de bois, en nous accusant de diffamation, quand nous tentions seulement de nous renseigner. Donald était passablement irrité au téléphone : « Non mais vous comprenez, si Monsieur Strauss-Kahn vient chercher nos femmes maintenant ! Il a tellement harcelé les filles chez lui qu’il vient chez nous maintenant, quel culot !” On entendait Daisy sangloter derrière.

La photo en tête d’article nous est parvenue mystérieusement ce matin, quelqu’un aurait donc surpris les deux tourtereaux lors de leur promenade. Cependant, certains détracteurs avancent que c’est un montage.

DSK est injoignable. Il ne semble pas souhaiter se prononcer sur cette nouvelle affaire, qui vient s’ajouter à l’affaire Tristane Banon.

Faites passer le mot, pour qu’on ait une chance de connaître la vérité…

Mes vacances sur les îles éoliennes

Salut !

Disons que c’est un article de présentation.. non flemme en fait (vous avez déjà compris que je suis un petit plaisantin) un petit article avec quelques photos.

Elles datent de l’été 2008, deux petites semaines sur les îles Éoliennes.

Outre la chaleur et les italiens, j’ai affronté courageusement les volcans et les forces de la nature.

Ah et je suis allé sur la Lune aussi. Preuve?

Petit bout de Lune sur Terre. Le paysage en haut était très extra-terrestre et.. jaune.

Voici l’île à partir du bateau :

Vulcano, l'île qui sent l’œuf.

Bon, on n’a pas uniquement marché sur ce tas de poison (oui, j’ai un maillot de bain qui sent encore l’œuf pourri acide, après trois ans.. je suis traumatisé des bains de boue, aussi), on a profité d’une journée pour gravir le Stromboli :

Imposant, enfin la photo le rend pas forcément bien.

Vers 16h les expéditions pour le gravir partaient, accompagnés d’un guide nous sommes donc partis bien équipés, et arrivés vers 21h il me semble. La nuit tombant permet d’observer des jets de lave (plus ou moins grands, certains étaient quand même très impressionnants) mais malheureusement les photos ne sont pas très révélatrices de ce qu’on ressentait en sentant la terre vibrer sous nos pieds et les pierres exploser (si si). J’ai essayer de poster des vidéos mais elles sont trop lourdes..

Frshhhh psrchhhh (bruitages intégrés)

Voilà, en gros c’était un petit article sur de vieilles vacances, je me sentais pas très inspiré alors j’ai surfé sur la vague des températures actuelles (il fait SI CHAUD) pour vous concocter un résumé accéléré (très).

*pub* L'eau y est belle et bien chaude. *pub*

Si vous voulez comme moi y passer deux semaines (ce que je vous recommande fortement. Un conseil, Lipari est la meilleure île pour loger, si ce n’est la seule), soyez organisé. Si vous planifiez tout, vous économiserez pas mal (pour deux semaines et toutes les visites possibles et imaginables, on en a eu pour environ 1200€/pers., je crois)

Voilà voilà, je pense que mon article va s’achever ici, je ne suis pas un super rédacteur alors je sais pas trop comment rendra mon article.. En tous cas, profitez bien de la fin des vacances et reposez vous ! (pour ceux qui ne sont pas encore enrôlés dans les joies de l’entreprise..)

NB : C’est là que je vois que mon pseudo est adapté aux photos que j’ai posté !

Pourquoi les geeks sont-ils SEXY?

Au premier abord, un geek a pourtant de quoi refroidir…

  1. Il porte les mêmes fringues cinq jours de suite.
  2. Il mange beaucoup de cookies.
  3. Il croit que recevoir des SMS, c’est stylé. Sa sonnerie carillonne, même au bureau, ce qui exaspère tout le monde.
  4. Il parle et chantonne seul devant son PC.
  5. Il te met mal à l’aise. Il ne saisit pas l’intention de tes phrases d’approche, et en souligne la vacuité. Au cours d’une conversation, il a l’art de relever chacune de tes erreurs.
  6. Il pleure d’émotion quand tu lui offres un sandwich au saucisson.
  7. Il te fait des blagues. Courtes, et drôles. Le problème, c’est que comme il parle doucement, tu ne les entends pas et il se prend des vents.
  8. Il fait des blagues de geek à ses potes geeks. Par exemple “Ta mère est tellement grosse qu’elle rentre pas dans une partition FAT32”. Celles-là tu les entends, mais tu ne les comprends pas.
  9. Il a des techniques de drague bizarres. Par exemple, parler de toutes les filles qu’il trouve mignonne à l’élue de son cœur, dans l’espoir de la rendre jalouse.
  10. Je ne trouve pas. Ça doit s’arrêter là…

Malgré cela, un geek a du SEX APPEAL… Quels sont ses secrets ?

  1. Il a une belle vitesse de frappe au clavier. Miam miam ! Cela montre une certaine agilité des doigts.
  2. Il appartient à une communauté, une tribu de loups qui ne fait qu’une bouchée de la brebis…
  3. Il parle la langue de sa tribu : troller, ouned, plussoyer, newbie, irl, ^^, rtfm. Des hiéroglyphes qui font briller les yeux, comme devant un mec bilingue.
  4. Il a des connaissances précises, contrairement au commercial qui brasse du vent, et utiles, contrairement au dandy qui étale sa culture.
  5. Il sait mettre les mains dans le cambouis. Il triture les câbles, le hardware… et le plus impressionnant, c’est que l’ordinateur marche après ça !
  6. Il est bon dans un domaine qui semble complexe et inaccessible. Cela ajoute un zeste d’admiration.
  7. Il est moins hypocrite. Cela donne des conversations intéressantes, et une franchise frôlant la rudesse.
  8. Il est réservé, comme s’il défendait un jardin secret enivrant, où on attend d’être invitée.
  9. Il est viril, contrairement à ce qu’il peut croire. A contre-courant de la tendance métrosexuelle. L’homme des cavernes moderne, qui se moque de son apparence et ne cache pas son amour pour les femmes.
  10. C’est un mec du futur. Passionné de nouvelles technologies, il t’embarque dans cet élan vers l’avenir, si bien qu’on a l’impression de ne pas avoir prise sur lui, et de ne jamais le posséder tout entier.

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Chapitre 2

Au-dessus de la foule se pressant sur le quai, se bousculant sur la passerelle d’embarquement, flotte un chapeau melon. Le chapeau zigzague au milieu de la foule épandue sur le port, qui ne laisse émerger que de grosses caisses en bois. Il s’arme de politesses, « Pardon Madame », « Excusez-moi », « S’il vous plaît ? », pour écarter les dames, qui font des gestes d’adieu en direction du bateau et bloquent le passage. De haut, on voit le chapeau s’irriter soudain, et filer droit jusqu’à la passerelle.

Ah ! L’effervescence des jours de départ ! Les couleurs des vêtements, avivées par le soleil, se rapprochent en accumulant les fautes de goût : une grosse dame vêtue d’orange étale son collier devant une grande perche en bleu, qui regarde ailleurs ; un gamin noir de crasse saute dans les bras d’une dame en tailleur rose qui n’est pas sa mère, il s’est trompé ; un chien agite un tissu vert pomme, qu’il a arraché aux fesses d’un touriste écarlate. On prendrait plus facilement cette foule bigarrée pour une clientèle de cirque que pour la bonne société havraise, réunie pour regarder le Lusitania prendre le large. Il y a des cris, des bousculades, de la casse, des jambes griffées, mais tout cela se fait dans la bonne humeur, car le soleil a mis un sourire sur chaque lèvre.

Le chapeau melon s’engage sur la passerelle, et manque de culbuter par-dessus bord une vieille dame gâteuse. Entre les moulinets furieux d’un descendant du yéti, on distingue désormais les traits de l’homme sous le chapeau melon. Il est beau, sa chevelure est un deuxième soleil dardant ses rayons dans le ciel sans nuage, sur l’océan, et sur la jetée comble. De sa main droite il tire une valise, et de l’autre il traîne quelque chose de plus gros, perdu entre les personnes suivantes. Une fois en haut de la passerelle, il tire un coup sec sur le bagage mystérieux, et une petite tête ébouriffée émerge du peloton. Mary. Une cordelette les sépare maintenant du pont, derrière laquelle une hôtesse demande à voir leurs billets. Elle coche leurs noms sur une liste, « Vous êtes les derniers » dit-elle, et détache pour eux la corde. Ils s’aventurent tous deux sur un pont qu’ils semblent au contraire les premiers à fouler. En se retournant, quelques secondes après, ils voient la multitude derrière la cordelette dégouliner comme sur un toboggan, et se déverser sur le port du Havre : la passerelle est retirée. Cette bande de curieux était au spectacle, et n’avait pas l’intention de mettre un pied à bord.

John se dirige vers une cabane qui porte l’inscription « Guichet ». Il tient toujours Mary par la main. A peine sont-ils entrés dans le champ de vision de la guichetière qu’elle demande « Monsieur votre carte d’embarquement s’il vous plaît ». John la lui tend prudemment. Elle la lorgne de côté tout en farfouillant dans un tiroir à clef ; ses mouvements sont précipités, comme si elle ne pouvait pas perdre une seconde, pressée par une file de clients impatients. John jette un coup d’œil par-dessus son épaule, pris d’un doute : pas un chat. Elle tire une clef du tiroir qu’elle leur tend d’un geste brusque, en déblatérant « Si vous le voulez bien ce sera la cabine cent quarante-trois, en descendant l’escalier au niveau du grand mât ». John l’interroge du regard, parce que le grand mât, il ne sait pas lequel c’est, mais ne récolte qu’un clin d’œil aguicheur. Dépité, il retourne près de la rambarde qui entoure le pont, pour empêcher les passagers de tomber à l’eau : le bastingage. Dans le cas où un passager tomberait quand même, Richard a donné l’ordre à son équipage de gueuler « Un homme à la mer ! » plusieurs fois avant de repêcher le malheureux, parce que ça lui rappelle un film.

John enlève son chapeau melon, essuie son front du revers de sa manche, et sermonne sa nièce qui gigote pour enlever sa main de la sienne :

  • Tiens-toi tranquille, une seconde ! Qu’est-ce qui ne va pas, hein ?

  • Tu es de mauvais poil, ça se voit tout de suite. J’ai entendu maman dire qu’on ne peut pas discuter avec toi quand tu es de mauvais poil.

  • Non mais qu’est ce que ça veut dire ? Je ne suis pas de mauvais poil, c’est toi, j’ai eu plus de mal à te traîner qu’à tirer la valise !

  • Pourquoi tu t’obstines à me tenir la main, aussi ?

  • Je fais ce que ta mère m’a demandé de faire, s’énerve-t-il. Tu ne vois pas qu’elle nous regarde, depuis le quai ? Je n’ai pas envie de me faire taper dessus.

  • Heureusement qu’elle ne t’a pas demandé de me lancer par-dessus bord, dis-donc.

John grommelle « Ça n’a rien à voir », mais les matelots couvrent ses mots d’une seule voix : « Larguez les amarres ! ».

Il est seize heures, le Lusitania lève l’ancre.

John reprend la valise dans sa main, son regard va et vient du quai noir de monde au pont désert, au quai noir de monde, à Laurence qui agite frénétiquement la main, comme si c’était la dernière fois qu’elle les verrait jamais, au milliardaire, à l’écart de la foule, qui se frotte les mains. Il se retient de gémir « C’est glauque ». Il a un pincement au cœur, et serre la main de Mary dans la sienne. Cette dernière répond aux adieux de sa mère, la tête inclinée parce qu’elle sait qu’on la trouve craquante comme ça. Sur ses lèvres flotte un sourire victorieux. Bientôt, les hommes au loin ne sont que des points noirs.

« Viens, on va prendre un verre », marmonne John qui a un coup de blues. « Je te rejoins, je fais un repérage » rétorque Mary sur un ton qui n’admet pas de discussion. Laurence n’est plus là pour surveiller, ses consignes sont loin. John acquiesce, et se dirige vers le salon-bar qu’il a repéré sur le pont. Ça ressemble à une boîte en carton, qui se découpe sur le ciel. Quatre cloisons qu’un coup de vent semble pouvoir arracher. Il entre.

L’intérieur est tapissé de bois. La décoration est flambant neuve : au mur, des ancres si reluisantes que pour rien au monde on les aurait jetées par-dessus bord, des filets blancs qui n’ont jamais servi, et tout un luxe de portraits, figurant des marins dont l’œil menaçant –l’autre est caché sous un bandeau– évoque le Capitaine Crochet posant un mauvais jour. Des tables parsèment la salle, on s’assied sur des rondins de bois. Trois des quatre parois sont trouées d’une fenêtre, qui donne sur la mer. Le dernier mur abrite bouteilles, flasques au parfum d’hôpital, whiskys imbuvables et grands crus déjà bus, sur des planches en bois jusqu’au plafond. Entre le comptoir et les bouteilles, une serveuse. John la rejoint. « Un double whisky sur glace », demande t-il en frappant du poing sur le comptoir parce qu’il se prend pour Lucky Luke. En tombant sa main se blesse sur une écharde, mais son visage n’exprime aucune douleur. Quelques gouttes de sang s’ajoutent aux autres tâches, sur le bois. Pendant que la serveuse prépare sa boisson, s’affaire pour sortir des glaçons, couper un citron, chercher avec inquiétude un whisky correct, déplier en faisant preuve d’une précaution infinie un petit parasol rouge, John se dit qu’elle ne sait pas servir un whisky. Du citron ?! Et puis les parasols, ce n’est que pour les cocktails ! Il la regarde.

Elle a trente ans, un peu moins. Ses yeux sont immenses : il n’en a jamais vu d’aussi grands. Vert d’eau. Les cils si longs qu’ils s’entremêlent. Le nez est un peu gros. Elle a la chevelure, le visage blanc et la bouche d’une Vénus italienne ; mais quelque chose de fuyant dans le menton. Elle n’est pas belle, simplement jolie. C’est bon, c’est prêt. Elle pose le verre devant lui, puis passe le chiffon sous son nez. Et John s’étonne. Il s’étonne que la serveuse, d’une paire d’années sa cadette, ait gardé les yeux baissés tout du long. Elle n’a pas daigné lui adresser un regard. D’habitude il demande quelque chose –n’importe quoi-, à une fille –n’importe quelle fille-, et la fille a le souffle coupé, oui, coupé par tant de beauté. C’est elle qui s’étonne, toujours, pas l’inverse, jamais ! John articule avec insistance « Merci, Mademoiselle ». La demoiselle abandonne son chiffon, redresse la tête pour planter ses yeux dans les siens, et sourit. Pas n’importe quel sourire. Un sourire jusqu’aux oreilles. Plus rien de fuyant dans le menton, juste une bouche aussi rouge que le parasol qui baigne insolemment dans le whisky, aussi rouge que le sang sur le comptoir, une bouche qui se plisse et découvre d’adorables quenottes. Ouf, John est soulagé, il retrouve une situation qu’il connaît. Il prend son verre et va s’asseoir.

***

Pendant ce temps, Mary fait son repérage. En fait de repérage, elle va droit vers la proue. Il y avait une photo de la pointe du bateau, narguant les flots immenses, sur le prospectus. Genre Titanic mais sans les amoureux. La légende indiquait « Croisière méditative ». C’est cette photo qui lui a donnée envie de partir. Dans sa caboche a germé une idée fixe : à cet endroit surplomber l’océan, et prier.

D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, son père vient s’asseoir à ses côtés le soir, sur son lit, pour prier avant de lui souhaiter bonne nuit. Le rituel est immuable. Ils commencent par dire ensemble le « Notre père », et quand Mary a besoin de réconfort, elle demande d’une toute petite voix à son papa de lui expliquer cette prière. Inlassablement, son père commente chaque phrase : « « Notre père qui êtes aux cieux », ça tu comprends, c’est facile. Ensuite « que ton nom soit sanctifié » ça veut dire que le Seigneur est saint, et que nous devons prier pour l’honorer, parce que quand on prie… ». Ça dure une heure dodue. Mary connaît l’explication par cœur, elle se laisse bercer par cette voix tâtonnante, qui cherche une explication précise, mais craint d’ébrécher le sacré. Ensuite on récite « Je vous salue Marie, pleine de grâce », prière qui n’a jamais souffert d’explication, a gardé sa parure de mystère. Si bien que Mary croit que les mots de la fin sont : « Priez pour nous, pauvres pêcheurs ; maintenant est à l’heure de notre mort », au lieu de « Priez pour nous, pauvres pêcheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ». Ainsi vit-elle à l’aise avec l’idée de mort, cette mort qui l’emporte chaque soir dans son sommeil. Le rituel se termine. Papa l’embrasse, éteint la lumière, referme la porte derrière lui, et Mary « meurt ». Mais c’est son père qui est mort en fait. Du jour au lendemain. Alors Mary a pensé que ce serait beau de prier pour lui, en proue du bateau, au milieu des embruns, du vent, de la mer à l’infini, et d’avoir si mal au cœur qu’on oublie que si le cœur a mal, c’est parce que papa est mort.

Elle avance, ses pas impatients font craquer les planches du pont. Mais là, sur la pointe extrême du navire, là où en faisant un pas de plus on bascule dans la mer, est assis un vieil homme. L’illustration même du titre d’Hemingway : le vieil homme et la mer. De loin ce n’était qu’une masse informe, à quelques mètres c’est un homme qui à force de s’être recroquevillé contre les planches, d’avoir courbé la tête sous la tempête, a pris l’allure d’un vieillard. En réalité, il est sans âge. Le soleil a tanné ses rides. Le sel, en se mêlant à ses cheveux, les agglutine en mèches sales.

Mary est embêtée, elle n’avait pas prévu que la place soit prise. Elle fait les cent pas, elle n’ose pas s’approcher. Mais si, elle se décide. Avec une humilité chrétienne, elle s’agenouille pour être à sa hauteur, et murmure

« Bonsoir Monsieur »

Le vieil homme semble tiré d’un long sommeil. Il regarde Mary.

« On m’a interdit de parler aux petites filles »

La voix remonte des entrailles de la terre, de quelque part entre deux royaumes. Quelque part où l’on attend d’être délivré. Mary recule instinctivement, elle balbutie

« Maman m’a interdit de parler aux inconnus »,

et s’enfuit.

***

C’est l’heure du dîner. Le ciel se déshabille pour se changer en nuit. Avec ses vêtement qui tombent un à un tombe le froid. Mary s’engouffre dans le salon-bar. La salle, enveloppée d’une lumière orangée, est un cocon pour les clients attablés. Quelques hommes somnolent, l’un d’entre eux s’est endormi avec une pipe au bec. Des groupes rient fort puis se taisent, on entend alors tinter les fourchettes contre les assiettes. Mary zigzague entre les tables, prend garde de ne pas déséquilibrer le monsieur endormi, dont la chaise basculée en arrière tient par miracle sur deux pieds, et s’installe à côté de John, à une table proche du comptoir.

  • Tu as l’air essoufflée, tu as couru ?, demande John.

  • Oui… Elle cherche ses mots. C’est le vieillard assis, il m’a fait peur.

Mais John ne l’écoute pas. Il a son sourire amusé, celui qui ne tire qu’un coin de la bouche. Il répond distraitement « Assis, ah bon ? ». Mary, que le rire silencieux de John agace, cherche la plaisanterie du regard.

Un homme, deux tables plus loin, s’agite. Il règne une atmosphère chaude dans le salon-bar, comme une journée d’été, quand le soleil tape et que les mouvements sont lents : aussitôt qu’un groupe s’esclaffe, il se replonge dans le silence, avec le remord d’avoir dépensé trop d’énergie. Un seul bonhomme s’agite. Il est assis en face d’une assiette contenant des restes de gâteau à la pistache. Sa bouche récite un chapelet silencieux. Tout son être tremble. Seul son regard se fixe de temps en temps, sur les restes de gâteau, mais aussitôt s’en détache et vagabonde du côté de la serveuse.

« La vedette va tenter son coup », raille John en aparté, avec une vulgarité que Mary ne lui connaissait pas. Il profite visiblement du spectacle.

C’est cette litanie que Gregor répète intérieurement : « Un verre d’eau, s’il vous plaît Mademoiselle, pour faire passer le dessert ». On lui a conseillé de tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler, mais on a oublié de préciser quels mots il faut se rabâcher comme ça, quand on veut aborder une fille. « Un verre d’eau », ça sonne pas mal. L’eau, ça évoque chez Gregor pureté, beauté, gaîté, et il a tellement envie de dire à la serveuse qu’il est sûr que sur son passeport devant « Couleur des yeux » est écrit « Vert », et que cette imprécision est une indélicatesse, puisque ses yeux ne sont pas verts mais verts d’eau, verts d’eau, et qu’ils sont ravissants. « S’il vous plaît Mademoiselle », c’est une formule de politesse. Et puis il tient beaucoup à « pour faire passer le dessert », façon d’expliquer sa venue, parce qu’il souhaite qu’elle sache qu’il n’oserait rien lui demander sans donner de raison, et qu’il aimerait l’avoir des heures contre lui – elle poserait sa tête contre son torse -, pour lui expliquer Aristote en grec.

Gregor est le contraire du mec dont on dirait « Il n’est pas terrible, mais alors quel charme ! ». Il inspire plutôt comme commentaire « Il est pas mal, mais alors au-cun charme ! ». « Aucun » se prononce en détachant les syllabes, pour en remettre une couche. Des commentaires, il en soulève. En fait, la plupart du temps, Gregor est mou. Sa tête doit être lourde car elle tombe en avant, entraînant dans son déclin les épaules, et l’épine dorsale. C’est un manque de tenue, une mauvaise impression générale qui irrite ces dames. Ça les énerve, les commentaires vont bon train.

A de rares instants, il se transforme en pile électrique. Quelque chose l’agite en son for intérieur qui se répercute dans son corps : ses membres se bandent, et tressaillent. Seuls ces instants révèlent la vie qui bat le fer au dedans de ce corps. C’est à un de ces moments-là que John assiste en se léchant les babines.

Gregor brusquement se lève, ressort qu’on cesserait soudain de comprimer. « Tu t’es levé trop vite », se réprimande t-il. Le salon-bar semble en effet tanguer, être bringuebalé par la houle, grimper grimper en grinçant de tout son bois, emporté sur le dos d’une vague, puis s’écraser avec elle. « Ce n’est que le roulis du bateau », se rassure Gregor, qui se retient à la table pour ne pas tomber. Vu d’un peu plus loin, c’est-à-dire de la table où John profite de la scène, l’effet est assez comique. Il faut dire que cet échalas, plié en deux pour peser de tout son poids sur la table et éviter la chute, roulant alentour des yeux terribles, a plus l’air d’un ivrogne que du prince charmant. Clac ! Gregor se déplie, et se tient désormais droit comme un i. Il se dirige vers la serveuse, avec une raideur de clochard alcoolisé au dernier degré.

S’accoude au bar, aménage une voix d’incorrigible séducteur, et apostrophe la serveuse :

  • Un bordeaux pour faire gazer le désert.

Blanc. Dans la tête de Gregor, tout se fige. Il n’entend pas le rire de John, qui emplit la pièce. Il sent seulement sous ses doigts le bois rêche du comptoir, plus lisse à un endroit où l’on devine des traces de sang. Sa tête est vide, seule l’occupe cette sensation rêche puis lisse, amplifiée par ses capteurs sensoriels. Germe doucement alors l’idée dérangeante d’avoir oublié de dire « s’il vous plaît Mademoiselle », et il s’apprête à se sermonner : « mais Gregor, tu t’es répété deux cent fois la phrase, « un verre d’eau, S’IL VOUS PLAIT MADEMOISELLE, pour faire passer le dessert », c’est pas compliqué quand même, merde ! », comme un peintre fixe son attention sur un détail alors que toute sa toile est ratée. Cependant le brouillard se dissipe, et sa boulette lui apparaît en pleine lumière

Il lève les yeux, et les yeux d’un gamin implorant sa mère de ne pas le battre n’auraient pas parus plus tristes, vers Elizabeth. Car ainsi se prénomme la serveuse. Le rire de John perfore ses oreilles. Alors, aussi doucement que la pitié doit naître dans le cœur d’une mère, un sourire se dessine sur les lèvres d’Elizabeth, s’étire comme on tend la main pour sécher les larmes d’un fils, et creuse des fossettes aux joues de cette femme qui pardonne. John ne sourit plus.

John et Mary abandonnent l’atmosphère orange de la pièce, où une nappe de fumée, venant des cigares digestifs, se déroule à mi-hauteur. Ils se plongent dans la nuit. John est survolté. Ses pas sont des claquements de fouet sur le pont. Mary est saisie par le contraste entre cet homme à qui la colère met des œillères, réduisant son champ visuel au pan de pont que martèlent ses pas, et par-dessus la balustrade l’océan. Cette colère ne le ride pas d’une vaguelette.

  • Non mais tu te rends compte ! Elle sert à ce malade le même sourire, dent pour dent, que celui qu’elle m’a fait quelques heures, tu m’entends, seulement quelques heures plus tôt ! Imagine un amant se glisser dans le lit encore chaud d’une femme mariée, bah c’est la même chose ! On ne me la fait pas à moi celle-là, on ne me la fait pas ! Traîtresse !

Il voudrait que sa voix porte. Il a choisi ce mot, « Traîtresse », avec minutie, c’est un mot qui fait son petit effet, et il le crie pour que la serveuse entende. Mais l’océan happe sa voix, et l’engloutit dans son silence.

  • Je ne comprends pas, répond Mary, tu n’as pas signé de contrat d’exclusivité sur son sourire, que je sache ! Pourquoi tu en fais toute une histoire ? Ce pauvre gars se couvre de ridicule, et elle le rassure par un sourire, ça s’appelle de la gentillesse. Rien de plus banal que la gentillesse.

  • Non, tu ne comprends pas, cette serveuse est tordue ! Elle te donne le sentiment d’être spécial, elle m’a fait ce sourire que j’ai pris pour un compliment, je le reconnais, alors qu’elle le sert à toutes les sauces. On était sensé en rire de ce boulet, pas lui sourire comme on sourit aux gens sublimes ! Deux poids, deux mesures, je ne sais pas moi c’est la base ! Je te jure, c’était exactement le même pli sur le menton, quand les zygomatiques avancent la mâchoire, le même pli au millimètre près, même forme, même dimension… c’en est quasiment anormal, je te jure ça me donne la chair de poule, regarde.

  • Elle te plaît cette fille ?

  • Mais pas du tout, mais tu ne comprends rien ! Je m’en contrefous de cette fille ! Je m’en fous de chez fous de chez contrefous ! Ce sourire m’appartenait, point barre ! Je suis beau et j’y ai droit, il n’y a que moi qui y ai droit, merde !

Il hurle à présent, au point de troubler l’océan, qui peine à avaler tous ces cris.

John et Mary descendent l’escalier près du grand mât, et s’enfoncent dans l’antre du bateau. A l’air du large se substitue une odeur de poisson, poisson qu’apparemment le gros sel n’a pas gardé frais. Mary soupçonne le capitaine d’avoir installé leur chambre dans une ancienne cale mal nettoyée. Elle s’arrête devant une porte gravée du numéro 143. On y est. C’est parfaitement absurde, cette cabine qui porte le numéro 143, alors qu’il n’y a aucune autre chambre, marquée d’aucun autre numéro, dans ce réduit où aucune lampe n’a été accrochée à dessein, afin de mieux noyer dans l’obscurité les débris de poisson. Seule parvient la lumière de la lune, qui emprunte l’escalier sur quelques marches. Mary a envie de frapper avant d’entrer, parce qu’elle ne se sent pas chez elle. Elle se demande où sont installés les autres passagers, s’ils sont les seuls à bénéficier de ce traitement de faveur. John sort les clefs de sa poche. Elles coulissent sans difficulté dans la serrure. Un tintement proche du « La » du triangle indique que le mécanisme est de facture récente. Mary reste scotchée dans l’embrasure de la porte.

La cabine s’apparente à une boîte en carton tant les parois semblent fragiles. Un lit superposé, un bureau, un lavabo et une étagère IKEA constituent le seul mobilier. Le tout est recouvert d’une fine couche de saleté. L’obscurité n’est battue en brèche que par une ampoule clignotante. John ne semble pas perturbé dans la mastication de sa colère, il a passé le pas de la porte et est déjà en train de ranger ses affaires. Il marmonne dans sa barbe tout en disposant des tas de vêtements sur une étagère trop étroite, sans s’apercevoir que le quart de ses chaussettes, caleçons et T-shirts retombent par terre. Mary croit bon de détendre l’atmosphère, elle se force à dire :

  • Ça fait plus révolution industrielle que XVIe siècle toutes ces boîtes en carton qui servent de pièces, entre notre cabine et le salon-bar.

Mais la plaisanterie est un peu longue, ou bien elle n’a pas mis la bonne intonation, car John ne bronche pas. Moins artificieusement, elle murmure ensuite comme pour elle-même « S’ils ont mis des rats pour faire plus ressemblant, c’est quand même de mauvais goût ». Après quelques contorsions, ils sont tous deux en pyjama, bordés dans les draps de leurs couchettes. Mary a le ventre qui gargouille, car dans l’émoi qu’a suscité cette affaire de sourire, elle n’a pas dîné. Elle a quelque chose sur le cœur, et besoin de briser ce silence :

  • Tu sais, oncle John, je suis allée sur la pointe du bateau, là où il suffit d’un pas de plus pour tomber dans la mer. Il y avait un vieillard assis, il m’a fait peur…

  • Assis, ah bon…

John sombre dans un sommeil agité.

Chapitre 1

Toc toc. John frappe à la porte, deux coups hésitants, au troisième étage d’un immeuble bourgeois, rue de Vaugirard. Il se croit pieds nus, tant les poils du paillasson sont durs, et le piquent à travers ses chaussures. Aïe. Il affiche un air timide, comme à chaque fois qu’il rend visite à sa sœur, comme à chaque fois qu’il met les pieds chez les riches. Autour de lui, c’est silencieux. Seul le bruit de sa respiration emplit la cage d’escalier. Inspiration, expiration. Non, il a cru entendre autre chose, il tend l’oreille. Des piétinements, derrière la porte close. Puis un déclic. La porte s’entrouvre, encore retenue par une chaînette. La tête de sa sœur apparaît dans l’entrebâillement. « Entre John, on t’attendait », dit-elle, mais John entend dans sa voix qu’il dérange. Elle détache la chaînette, et ouvre la porte en grand.

Dans l’encadrement de la porte, John découvre sa sœur, Laurence, mais aussi la fille de sa sœur. Mary. Il comprend qu’il interrompt une dispute. Mary lui adresse un regard qui veut dire « Tu arrives au bon moment, toi ». Elle a l’air aimable du bouledogue, et met immédiatement John mal à l’aise. Elle est couchée d’habitude, quand il vient dîner à la maison. John glisse prudemment « Bonsoir Mary ». Pas un mot ne s’échappe de la petite bouche froncée. Laurence prend une voix aigre-douce : « Dis bonjour à ton oncle, Mary », en lui pinçant le bras si fort qu’une tâche rouge apparaît sur sa peau.

Alors là, c’est un hurlement. Un hurlement qui traverse l’immeuble de part en part, et met en mouvement les millions de particules qui reposaient dans la cage d’escalier. Le hurlement secoue ce corps frêle, et semble en épuiser les forces, mais Mary trouve un nouveau souffle pour gronder « Maman, tu m’avais promis ! Tu es une grosse menteuse ! Tu as signé, tu te souviens ? ». Elle agite une feuille sous le nez de sa mère, en pointant furieusement son doigt sur une signature. John se penche pour déchiffrer l’écriture enfantine, sur la feuille : « Ceci est un bon pour une croisière à bord du Lusitania, valable à compter du treizième anniversaire de Mary ». Mary n’en démord pas : « L’année dernière tu m’as dit « Tu es encore trop petite, on verra l’année prochaine », et ensuite tu as signé le bon, tu t’es engagée ! Aujourd’hui j’ai treize ans, et tu peux remballer ton gâteau au chocolat et tes ballons, je veux y aller ! ».

Laurence a l’air passablement irritée, d’être traitée de grosse menteuse devant son frère :

  • Je suis désolée, John. Elle m’a tellement tannée l’année dernière que j’ai signé ce foutu papier. Je pensais que ça lui passerait, c’est un truc complètement débile ! Une croisière de neuf jours pour aller aux États-Unis, alors qu’on met neuf heures en avion ! Ils appellent ça « Retraite méditative ». Une retraite méditative, à treize ans ! Seule à bord d’un rafiot qui reprend le nom du Lusitania, le bateau qui a été coulé par les Allemands, tous les passagers sont morts ! C’est du grand n’importe quoi.

John n’écoute pas vraiment sa sœur. Il est perdu dans ses pensées. Ce matin, il est allé à la messe. John est beau, divinement beau. Ses cheveux sont bouclés, et chacune de ses boucles d’or, à l’arrondi parfait, semble avoir été travaillée au fer. Lorsqu’il prie sur son banc, il penche la tête en avant, et les fidèles assis derrière croient voir un soleil. Ses yeux sont dorés, son regard souvent violent, en quête de réponses. Son corps est fait de muscles, et reste sur l’expectative. Il a un visage d’ange, mais d’ange viril.

A la messe, les fidèles se partagent en deux groupes. Celles qui en oublient leur catéchisme et minaudent sur son passage, et celles, souvent plus laides ou plus âgées, qui semblent subir un affront à sa vue, et chargent leur regard d’orgueil blessé. On trouve peu de nuances entre ces deux comportements, c’est assez surprenant. Quant aux hommes, ça les agace. Au milieu de tout ce monde, John est indifférent aux sourires, à l’indignation, à l’agacement. Il garde les mâchoires serrées, et un air impénétrable.

Eh bien ce matin-là, il faisait la queue dans l’allée centrale pour communier, comme tous les dimanches. En attendant son tour, il sent peser sur lui une attention étrangère. Il tourne la tête, et croise le regard d’une bonne sœur, dans la file d’à côté. Elle rougit comme une pivoine, et détourne la tête. Elle s’agenouille devant l’autel, et lorsque le prêtre lui présente une hostie, la chair encore palpitante de Dieu, et la tient haut devant elle en disant « Le corps du Christ », elle bafouille « Carmen » au lieu d’ « Amen ».

« Cela n’a aucun sens », s’était dit John à ce moment-là.

John, figé sur le pallier du 3ème étage du numéro 24, rue de Vaugirard, se souvient de cet instant. Il se laisse trimbaler par sa mémoire, et son souffle s’accélère, son cœur lui fait mal dans sa poitrine tandis que resurgissent d’autres souvenirs absurdes. Il tâtonne dans les poches de sa veste, et frémit au contact de rubans de papier : des prénoms, des numéros de téléphone, des adresses glissées à son insu par autant d’inconnues ! Le soir, il n’ose pas rentrer chez lui avant 20h, car il sait que Madame Robert, la concierge, fait payer 150€ la visite clandestine de sa chambre, et 50€ supplémentaires le droit de s’allonger sur son lit, sur lequel il trouve à son retour des cheveux bruns, blonds, noirs, roux ! Chaque matin, Monsieur Robert, impeccablement mis, lui apporte son courrier : des dizaines de lettres multicolores, exhalant un parfum de cocotte. « Je t’aime pour toute la vie. », « C’est quoi ton petit nom ? », « Je te suis dans la rue sans oser te parler. ». Il se noie dans les « Je t’aime », tâtonne pour mettre la main sur ses factures. Eh tiens ! Jeudi dernier il avait haussé le ton, dit au concierge « Je n’ai que faire de ces lettres, brûlez-les ! », et Monsieur Robert n’avait laissé qu’une seule lettre d’amour sur le parquet, en murmurant « Gardez quand même la mienne », avant de se retirer, penaud.

« Cela n’a aucun sens, aucun sens ! » se répète John en malaxant les papiers du fond de sa poche, qui sont bientôt réduits en miettes. Il reste planté sur le seuil de la porte ; les poils du paillasson lui mordent les pieds ; des volutes de poussière tourbillonnent encore dans la cage d’escalier, excitées par le cri de Mary. Cette vie n’a aucun sens, et soudain il y a une petite fille, une retraite méditative, la petite fille qui hurle très fort parce qu’elle veut très fort cette retraite méditative, et les choses prennent du sens.

John fait un pas en avant, quitte cet odieux paillasson, et se retrouve dans l’appartement. Il bredouille « Bah moi je peux l’accompagner, moi ». Il dit cela bêtement. Sa sœur est abasourdie. Mary le regarde sans comprendre.

S’ensuit un gigantesque cafouillage :

  • Comment ça, tu peux l’accompagner ?

  • Bah oui, il faut que j’aille à New York de toute manière, pour le boulot.

  • Attends, tu as compris que c’était un voyage de dix jours ?

  • Ça me fera des vacances, je n’ai rien à faire en ce moment.

  • Je croyais que tu devais aller à New York pour le boulot.

  • Ah oui. Bah tu vois, d’une pierre deux coups !

Laurence était on ne peut plus sceptique. Elle a fini par céder.

La croisière en question, c’est un truc invraisemblable. Ça a été monté par un vieux milliardaire américain, un certain Richard, qui prend sa retraite en France. La plaquette explique qu’il a fait construire un galion, sur les plans des galions du XVIème siècle. Un bateau magnifique, tout de bois vêtu.

Richard a fait ça « with all his heart », en mémoire d’un aïeul qui a fait le tour du monde à bord d’un galion, le Golden Hind, lors de la fameuse expédition de Francis Drake. Le problème c’est qu’à l’époque, ces vaisseaux étaient extrêmement inconfortables, et habités par des bestioles pas commodes non plus. C’est pourquoi Richard a souhaité respecter la dimension historique du galion, dans la charpente, dans l’allure, mais en faire également un espace agréable pour les passagers. « Très comfortable », entérine le prospectus, rédigé par ses soins. Il a agrémenté le vaisseau de moteurs diesels, aussi puissants que ceux d’un transatlantique ordinaire, pour qu’on ne mette pas des mois à arriver, mais seulement une dizaine de jours. Enfin, il a baptisé son galion Lusitania. C’est un hommage à un autre aïeul, mort lors du torpillage du Lusitania en 1915, et qu’il ne voulait pas laisser en rade.

Richard finance donc un concept qui lui est cher : embarquer des passagers au Havre pour une traversée vers les Amériques, au prix du billet d’avion. Pourquoi ? Vous allez comprendre. C’est en hommage à un troisième aïeul, Gaspard le Normand, qui a quitté la France en 1947 pour tenter l’aventure aux États-Unis. Il a fondé une grande famille là-bas, famille dont Richard est aujourd’hui l’héritier. Tout s’explique.

Le Lusitania naît donc d’une union hollywoodienne entre histoire et modernité.

Les jours de départ, on peut apercevoir Richard sur le quai, à l’écart de la foule. Il surveille les préparatifs avec un sourire de gamin, en se frottant les mains. Il couve du regard les marins, à qui il a demandé de gueuler « Larguez les amarres ! » le moment venu. Mais il ne monte pas à bord.

En son temps l’idée de Richard avait défrayé la chronique. La foule se rassemble encore sur le quai, en plein cagnard, pour entendre la corne de brume et sentir l’euphorie du départ. Mais seuls quelques paumés embarquent pour de vrai.

Mon IPhone et moi


Mon IPhone me stresse

 

Mon ancien téléphone servait à téléphoner. A l’origine blanc, il avait “fait toutes les guerres de la vie”, comme dirait Francis, et viré au noir. Il encaissait bien les coups. Aujourd’hui, avec 500€ en moins et un IPhone en poche, je stresse. Surtout que je ne peux pas m’offrir la garantie à 100€ par mois, du coup s’il est perdu ou cassé, tout est fini.

 

  • Dès que je quitte un lieu, je palpe mon sac : “Non mais attends, il est où mon IPhone ?”. Bim ! 10 minutes de perdues. Parce que trouver un IPhone dans un sac de fille, c’est pire que chercher une aiguille dans une botte de foin.
  • Je l’imagine toujours dans des endroits improbables. La dernière fois, j’ai mis en route une machine à laver, et quelques minutes plus tard… “Merde, j’ai laissé mon IPhone dans ma poche de jean !”. Galopade dans l’appartement, arrêt brutal de la machine, éparpillement du linge. Poche vide. Le sournois attendait sur une étagère, et s’était bien gardé de me faire signe. Une autre fois, nous partions en vacances, et quelques kilomètres plus tard… “Merde, j’ai laissé mon IPhone sur le toit de la voiture !”. Sauf que cette fois-ci, c’était vraiment le cas.

Mon IPhone fait plein de choses tout seul

  • Il réarrange les icônes à sa sauce. Partie de cache-cache pour mettre la main sur mon agenda ou ma calculette. Ce crétin me supprime même des applications quand il est de mauvais poil. Payantes, sinon ce serait pas drôle.
  • Il appelle des gens. De préférence les gens que je déteste, ceux qui se retrouvent dans mes contacts par de sinistres hasards. Le dernier était un mec avec qui j’avais fait un exposé en marketing, contrainte et forcée, deux ans auparavant. Mon IPhone lui a laissé un message de quarante-cinq minutes. Puis il a raccroché.
  • Il supprime mes “Notes”. J’ai arrêté de faire des listes de courses, apparemment il ne supporte pas. Aucune n’a survécu. Au supermarché, je tremblais au moment de chercher ma liste dans les Notes, et ça ne ratait pas. Disparue. Du coup je repartais avec un pot de Nutella. Et l’autre soir, ce farceur m’a laissée plantée devant ma porte pendant une demi-heure, parce que j’avais eu le malheur d’enregistrer le code de mon immeuble en Note.
  • Il lance l’IPod à tue-tête. De préférence pendant un cours de Fiscalité. De préférence la chanson de Walt Disney que j’écoute le soir en secret, rangée dans ma playlist “Chansons dangereuses pour mon image sociale”.

Mon Iphone dans le métro

Au départ, j’avais la classe. J’exhibais mon Iphone dans le métro, pour regarder mes mails (ou faire semblant, parce que la 3G n’excelle pas sous terre). Mais rapidement, les IPhone 4 se sont multipliés comme des petits pains. La moitié des gens dans le métro en ont un. Je n’ose plus sortir le mien, par peur d’avoir l’air extrêmement banale.

Mon IPhone et les geeks

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les vrais geeks n’ont JAMAIS d’IPhone. Dès que tu en sors un en leur compagnie, tu te fais insulter, et accabler de technicités imbitables. L’argument de repli est “Oui mais l’écran il est plus mieux”. C’est le seul qui les fait plier. Ils abandonnent ton cas, résignés : “Ah bah si t’es prête à payer 500 euros pour un écran…”

Mon IPhone pendant les entretiens d’embauche

On me demande de patienter dans une salle austère, en attendant que le patron de la start-up me mène à l’échafaud. Sur le canapé, je me sens bête. Je ne sais pas quelle tête prendre. S’il ouvre la porte à ce moment-là, même pas la peine de passer l’entretien, je suis finie. Du coup je dégaine mon Iphone, et prends un air de fille high-tech qui lit “The Economist”, grâce à l’application qui permet de ne pas trimbaler le magazine sur soi. En fait je jouais à Doodle Jump, mais chuuuuuuuuuut. Effet garanti ! J’ai été embauchée.

L’Iphone 3GS de ma soeur

Elle est trop jalouse, parce qu’elle n’a que le 3GS. Elle a eu beau maintenir au début que le sien était mieux parce qu’arrondi, elle a tôt fait de se rendre. Forcément, le 4 est mieux. Parce que 4 ça vient après 3. Pour une fois que j’ai une technologie supérieure à la sienne, je lui fais bien sentir.

L’Iphone 4 de ma mère

Ce qui est badant c’est que… c’est le même. Même tête verte, parce que c’est ma mère qui a acheté nos deux coques, en promo chez Carrefour. Heureusement, certains détails de son IPhone ne trompent pas :

  • Un cordon pendouille. Elle le met autour de son cou, “Comme ça je sais toujours où il est”. Comment rendre un IPhone nase en un clin d’œil…
  • Une photo de ma sœur en fond d’écran. Mise par ma sœur, cela va de soi.
  • ZÉRO applications. Elle n’utilise que le téléphone. Ah oui ! Et l’application “¨Plans” comme GPS. Elle a beau dire que c’est formidable, comme elle garde le nez dessus en conduisant, j’ai peur qu’elle se prenne une voiture.

L’IPhone de ma grand-mère

Elle en a pas ! Prochain cadeau de Noël.

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